Jésus et la femme adultère – Faux Vermeer – Vrai Van Meegeren

Je vois bien que vous êtes un peu déçu par le choix de ce tableau, qu’il ne vous plaît pas plus que cela. Sachez toutefois que cette toile était la préférée de Göring, le bras droit de Hitler. Elle met en scène un épisode de l’Évangile selon Jean. Des Pharisiens amènent à Jésus une femme adultère que la loi de Moïse ordonne de lapider et attendent sa réaction. Le Christ leur répond « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre » et il pardonne à la femme, aux yeux ici baissés de contrition. Göring fit l’acquisition du tableau en 1942 pour la coquette somme de 1 650 000 florins néerlandais. Pour ce collectionneur féru de peinture de la Renaissance et des grands maîtres classiques du Nord, cette oeuvre de Vermeer n’avait pas de prix.

Problème, à la fin de la guerre, on découvrit que ce tableau était un faux.

La justice avait mis la main sur l’imposante collection de Goring, qui s’était servi allègrement au Jeu de Paume à Paris parmi les œuvres spoliées aux collectionneurs et marchands d’art juifs. Au total 1376 tableaux, 250 sculptures et 168 tapisseries. La justice remonta jusqu’à Han van Meegeren, un néerlandais, qui, pour avoir vendu un chef d’oeuvre national à l’ennemi encourt la peine capitale. 

Mais celui-ci se défendit en se vantant d’avoir dupé Goring, de lui avoir vendu un faux Vermeer qu’il avait lui-même peint. Lors de son procès, pour convaincre la justice, Van Meegeren dut réaliser un nouveau Vermeer : Jésus et les docteurs. Les experts sont convaincus et Van Meegeren passe aussitôt du statut de traître à celui de héros national.

Van Meegeren n’en est pas à son coup d’essai, il a déjà réalisé Jésus et les disciples d’Emmaüs, considéré comme un chef d’oeuvre de Vermeer par Bredius, le grand spécialiste du peintre, et acheté une fortune par le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam. 

Pourtant si vous êtes amateurs de Vermeer, vous avez sûrement du mal à voir le rapport entre ces grands formats religieux et les petites toiles de genre qui mettent en scène des anonymes de son temps dans des intérieurs bourgeois. 

En fait Van Meegeren s’est engouffré dans une brèche ouverte par les historiens de l’art. Lorsque Bredius, le spécialiste de Vermeer, découvre « Le Christ chez Marthe et Marie », les historiens de l’art sont persuadés que Vermeer a peint des tableaux religieux avant de se spécialiser dans les scènes de genre. Van Meegeren leur offre alors le chainon manquant qu’ils attendent.

Mais comment un peintre du XXe siècle peut-il faire passer ses œuvres pour des toiles du XVIIe siècle ? D’abord, Van Meegeren a été formé par un maître qui ne jurait que par la peinture classique et lui a appris les techniques et les secrets des maîtres de l’Age d’or hollandais. Ensuite, le faussaire se procurait des toiles sans valeur du XVIIe siècle qu’il grattait pour les repeindre. Surtout, il conservait les craquelures de la peinture d’origine et les réutilisait pour ses propres œuvres. Enfin il mélangeait un tout nouvel ingrédient à ses pigments, la bakélite : une fois passés au four ses tableaux prenaient ainsi un aspect vieilli. Bien sûr si des experts avaient cherché de la bakélite, ils auraient repéré la supercherie mais pourquoi en aurait-il eu l’idée ?

Selon un témoin, lorsque le criminel de guerre nazi apprit que son tableau préféré était un faux, « il avait l’air pour la première fois de découvrir qu’il y avait du mal dans le monde. ». Mais bon, il aurait été mal placé pour jeter à Van Meegeren la première pierre…

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