Mosaïque de l’asàrotos oikos – Héraclite

Vous vous échinez à tenir votre maison propre et bien rangée ! Eh bien figurez-vous que dans l’antiquité les détritus au sol faisaient au contraire entièrement partie du décor ! 

Pénétrez avec moi dans ce triclinium d’une villa de l’époque d’Hadrien, située sur l’Aventin, une des sept collines de Rome. A vos pieds les restes d’un festin jonchent le sol mais ne craignez pas de marcher dedans: c’est en réalité un trompe-l’oeil de l’artiste Héraclite, une mosaïque qui appartient au genre de l’ « Asarotos œcos », ce qui signifie « sol non balayé ».

Cette tradition esthétique remonte, selon Pline l’Ancien, à Sosus de Pergame, le premier à avoir créé ce type de décor. Et l’on peut y voir l’ancêtre de la nature morte. 

Sur des tesselles blanches en pâte de verre, des émaux colorés figurent des pattes de crustacés, des raisins, des arêtes de poissons, des os de poulet, des coquillages, des oursins, des coquilles de noix et même une souris qui vient finir les restes. Observez les ombres au sol : elles apportent un réalisme troublant.

Ces aliments témoignent assurément du régime alimentaire et des goûts culinaires des Romains mais aussi de leurs coutumes. A moitié couchés, ils se servent avec les mains, dans des plats qui sont parfois disposés loin d’eux. Grands sont alors les risques de faire tomber la nourriture au sol ! Or, on ne ramasse pas cette nourriture tombée au sol car elle est considérée comme la part des morts.

Reconnaissez toutefois qu’il s’agit là d’une bien étrange décoration. S’agit-il, dans cette salle consacrée au festin, d’afficher la richesse et la générosité de la nature ou bien de l’hôte ? De condamner la gloutonnerie ? Est-ce une manière d’inciter les invités à la propreté dans une société où l’on a déjà mis en place la collecte et le recyclage des déchets ? Ou au contraire de dissimuler les vrais détritus au milieu des faux ?

Où voir l’oeuvre : Musée du Vatican.

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