
Ce tableau, aux dimensions modestes (60 par 80 cm), représente un simple objet du quotidien, une pipe en bois, qui occupe quasiment toute la toile et semble flotter sur un fond neutre, beige.
La pipe est représentée avec un grand réalisme, Magritte jouant sur les couleurs et sur les effets de lumière pour rendre compte de la matière et du volume de l’objet.
Sous la pipe est inscrite une phrase pour le moins paradoxale qui vient remettre en cause, par l’emploi de la forme négative, ce que nous avions vu.
Cette phrase manuscrite, à l’écriture soignée, associée à un objet hors de tout contexte n’est pas sans évoquer les affiches pédagogiques, les leçons de choses accrochées aux murs des classes. Mais au lieu de dire ce que c’est, la légende dit ce que ce n’est pas.
Loin du rêve et de la poésie de ses confrères surréalistes, le peintre belge se fait ici philosophe et amorce une réflexion sur les relations que l’art entretient avec la réalité.
Bien sûr que ce n’est pas une pipe, on ne pourrait la bourrer de tabac et la fumer. Il s’agit ici non d’une pipe mais de sa représentation. Le mince cadre noir autour de la toile souligne le fait que ce n’est qu’une image.
Le titre, » La trahison des images », est une mise en garde : les images nous trompent, elles imitent la réalité mais ne sont pas la réalité. Le pluriel « les images » nous invite dès lors à nous méfier, à partir de celle-là de toutes les images, à adopter un recul critique. Et à l’heure où l’intelligence artificielle génère ou modifie des images de manière de plus en plus indétectable, cette méfiance est plus que jamais d’actualité.
La légende comme le titre donnent son sens à l’image. Est-ce à dire que les mots, plus que les images, sont dignes de confiance ? Regardez attentivement le tableau. Quel rapport y a-t-il entre l’objet et le mot qui le désigne, entre le signifié et le signifiant ? Aucun. Le mot est un signe arbitraire comme l’explique le linguiste Ferdinand de Saussure.
Mais non d’une pipe, alors à quoi se fier si les images et les mots ne sont qu’un reflet approximatif ou mensonger de la réalité ?
Où voir l’oeuvre : Musée d’art du comté de Los Angeles
