
Dans un camaïeu de blanc, une femme nous regarde, l’air un peu absent.
Chevelure rousse, yeux verts, bouche rouge, joues roses, seul son visage contraste avec le reste du tableau.
C’est Joanna Hiffernan, le modèle et la compagne du peintre. Elle posera aussi pour Gustave Courbet avec lequel elle aura une liaison.
On reprocha à Whistler d’avoir utilisé un très grand format, le tableau fait 2,13 de haut, format normalement réservé aux portraits de la bourgeoisie, pour…une immigrée Irlandaise. Le tableau, refusé au Salon, sera exposé au Salon des Refusés…en face du scandaleux « Déjeuner sur l’herbe » de Manet.
Joanna pose dans une longue robe blanche aux épaules bouffantes. Sa taille est soulignée par une ceinture blanche. Derrière elle, un rideau blanc masque la profondeur de champ. Elle tient un lys blanc à la main, mais sa posture, bras pendant, témoignagne d’une certaine lassitude et ne le met pas en valeur. A ses pieds s’étale une peau de loup, dont la tête semble étrangement vivante : l’animal nous regarde, gueule ouverte, montrant ses crocs acérés. Autour de la tête, les bords de la peau paraissent rougis de sang. Au pied de la femme, sur la peau de bête, un bouquet de fleurs colorées s’étale.
Le critique Castagnary a voulu voir dans cette toile la représentation symbolique de la perte de la virginité. Le blanc représenterait l’innocence de la jeune fille, le loup l’image de la violence masculine, le bouquet au sol la fin de l’innocence.
Mais, pour Whistler, ses 50 nuances de blancs sont en réalité des variations symphoniques , comme le suggère le titre du tableau. Pour l’artiste qui côtoie Baudelaire à Paris, « les couleurs et les sons se répondent » selon les correspondances définies par le poète symboliste qui théorise l’expérience de la synesthésie. D’ailleurs d’autres tableaux de Whistler portent des titres qui renvoient à la musique : symphonies, nocturnes…
Le peintre américain aura une grande influence sur les artistes de son époque et servira lui-même de modèle littéraire pour le peintre Elstir chez Proust et pour Jean des Esseintes dans le roman « À Rebours » de Huysmans.
Où voir l’oeuvre : National Gallery of Art, Washington, DC.
