
En 1989, le peintre américain William Utermohlen emménage à Londres avec son épouse Patricia, une historienne de l’art qu’il a rencontrée dans la capitale anglaise où il est venu étudier la peinture.
L’appartement est magnifique, lumineux : au dernier étage d’un immeuble situé à Little Venice, le couple a une vue imprenable sur les canaux. William Utermohlen est très inspiré et réalise sa série « Conversation pieces » où il se met en scène avec sa femme, leurs amis dans des moments d’intimité ou de convivialité, souvent autour de la table.
Sur ce tableau, la douceur du foyer aux couleurs vives et chaudes contraste avec le blanc et le gris de l’extérieur. A table, Patricia et leurs amis sont réunis autour d’une bonne bouteille et d’un café. William se représente sur le canapé, son chat sur les genoux. Une certaine image du bonheur…
Pourtant ne trouvez-vous pas étrange la perspective ? Patricia et ses amis sont vus de haut alors que William nous fait face. L’escalier conduit à une mezzanine qui penche dangereusement vers la salle à manger.
Et dans cet appartement coloré, la porte verte s’entrouvre sur un espace sombre, inquiétant.
Utermohlen réalise cette œuvre en 1991, 4 ans plus tard il apprendra qu’il est atteint de la maladie d’Alzheimer. Dans sa composition ce tableau laisse-t-il deviner les premiers signes de la désorientation spatiale due à la neurodégénéréscence ?
Lorsqu’il se sait malade, Utermohlen continue à peindre pendant 5 ans, des autoportraits. Au fur et à mesure que la maladie progresse, le peintre figuratif produit des oeuvres de plus en plus abstraites, de plus en plus sombres. Il devient méconnaissable … jusqu’à disparaitre totalement de la toile.
