
Mais ce n’est pas un tableau, me direz-vous !
Pourtant, Roger Caillois, écrivain et sociologue auquel cette agate appartenait, y a vu, comme dans les centaines de pierres qu’il collectionnait dans les vitrines de son appartement, l’œuvre de la « natura pictrix », la nature peintre. Pour lui, les pierres sont des « tableaux involontaires de la nature somnambule ».
Caillois ne choisissait pas les pierres qu’il achetait pour leur rareté ou leur perfection mais pour leur pouvoir suggestif. Et ces pierres lui ont inspiré des textes littéraires magnifiques. Quand la science de la minéralogie rencontre l’art, le résultat est surprenant autant que séduisant…
Ainsi Caillois imagine dans cette agate » une mer immense où s’enfuient des galères, comme celle que le Romain surprit dans les prunelles d’une reine d’Orient déjà décidée à le trahir ».
L’esprit humain ne peut s’empêcher de rapprocher la couleur, la forme de la pierre mais aussi les motifs que les hasards de la nature y ont imprimés, d’objets qu’il connaît. Reprenant une formule de Mallarmé, Caillois reconnaît là « le démon de l’analogie ». « Tout se passe comme si l’esprit était ainsi fait qu’il ne peut ne s’empêcher de chercher une image reconnaissable dans ce qui ne saurait rien représenter » expliquait-il.
Ce phénomène s’appelle la paréidolie, c’est celui qui vous fait reconnaître des formes familières dans les nuages par exemple…
Et il touche même les plus grands génies. Léonard de Vinci invitait déjà ses contemporains à rêver des paysages en observant les fissures d’un mur de pierre.
Alors vous aussi, libérez votre imagination… Que voyez-vous dans cette agate ?
(Photographie provenant de la pagé consacrée à Roger Caillois sur Wikipedia)
Où voir l’oeuvre : Galerie de minéralogie de Paris
