Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme grenade une seconde avant l’éveil – Salvador Dali

Dans ce tableau, tout semble de prime abord complètement surréaliste, association d’objets, d’animaux, de paysage et de figures humaines sans rapport les uns avec les autres, « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » aurait dit Lautréamont.

Pourtant, tout est logique, didactique même, puisque ce tableau met en scène concrètement le mécanisme du rêve.

Dali est étudiant quand il découvre « L’interprétation des rêves » de Freud. Avec les surréalistes, il voit dans le rêve une porte qui ouvre sur l’inconscient. Dali s’endormait une petite cuillère à la main pour que le bruit de la cuillère qui tombe à terre le réveille et qu’il puisse se souvenir de son rêve.

Sur ce tableau, Dali montre comment l’environnement du dormeur a une influence directe sur ses rêves.

Dans la partie inférieure du tableau, c’est la réalité. Gala, la compagne et la muse du peintre, allongée nue, dort. Devant elle, une abeille s’approche d’une grenade. La mer et la minéralité du paysage rappellent Portlligat, le village espagnol où vivait Dali.

Le corps de Gala est en lévitation : elle quitte le monde conscient pour celui des rêves qui se déploie dans la partie supérieure du tableau.

D’une grenade jaillit un poisson, de la bouche du poisson jaillit un tigre, de la bouche du tigre jaillit un autre tigre qui rugissant et griffes acérées est tout prêt à se jeter sur Gala. Un fusil à baïonnette est sur le point de piquer la belle endormie dont le sommeil n’en reste pas moins paisible.

C’est le bourdonnement de l’abeille autour de la grenade qui influence inconsciemment le rêve de Gala où tout est amplifié : la grenade est plus grosse, le bourdonnement devient un rugissement de tigre donc la robe jaune rayée de noir évoque les couleurs de l’abeille. Quant au dard de l’abeille, il prend les proportions gigantesques d’une baïonnette.

A l’arrière-plan, un éléphant aux longues pattes effilées porte sur son dos une pyramide. C’est une créature que l’on retrouve souvent dans la peinture dalinienne. Avec ses pattes interminables, l’éléphant symbolise le temps du rêve qui se déforme et s’étire. La pyramide, symbole de puissance et de mémoire, représente le poids des souvenirs qui façonnent nos rêves et se fixent dans l’inconscient du sommeil. L’éléphant, bien que ses pattes soient frêles, se déplace aisément avec sa lourde pyramide, suggérant l’état d’apesanteur que confère le rêve.

Où voir l’œuvre : Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid

Cet article a 2 commentaires

  1. Joy

    bonjour et merci pour toutes les explications que ce tableau qui parait bien énigmatique,Grâce à vous, il se révèle à moi.*merci encore

    1. Sylvia Roustant

      Avec plaisir !

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