
Cette licorne rouge à la crinière enflammée porte les couleurs de l’amour passion et du sang de la guerre.
Pour découvrir les secrets de cette oeuvre, il nous faut pénétrer de l’autre côté de cette peinture réalisée sur la vitre d’une fenêtre.
Derrière la fenêtre, une cuisine, celle d’une maison située au bout des gorges de l’Ardèche. En 1937, elle abrite un couple d’amoureux : une jeune anglaise de 20 ans, Leonora Carrington, et un peintre allemand de 46 ans, farouchement antinazi, Max Ernst.
Les amants restaurent cette vieille ferme du XVIIe siècle, achetée grâce à l’argent des riches parents de Leonora : Max Ernst s’occupe de l’extérieur réalisant des géants en plâtre, des créatures fantastiques qui soutiennent la bâtisse tandis que Leonora décore les meubles, les portes et les fenêtres. Leur amie Lee Miller immortalise dans d’étonnants clichés les travaux du couple d’artistes surréalistes.
Cette licorne sur la fenêtre de la cuisine, c’est un peu un autoportrait pour Leonora, jeune femme libre et indépendante, excellente cavalière, qui s’est toujours associée au cheval. La licorne, c’est l’animal-fée du Moyen-Âge, tout comme Leonora incarne la femme-fée envoûtante chère aux surréalistes. Fascinée par l’alchimie, la cuisine est son domaine. Mélangeant les saveurs, en créant de nouvelles, pour le plaisir des sens, elle est la gardienne du foyer et veille à la convivialité du lieu. Son amie Lee Miller, quand elle abandonnera la photographie, suite aux traumatismes de la guerre, se tournera aussi vers la cuisine.
Ces années à Saint-Martin-d’Ardèche, c’est le temps du bonheur et de l’amour fou marqué par une intense activité créatrice et des baignades nus dans la rivière limpide.
Mais la guerre ne tarde pas à rattraper les amants. Max Ernst est arrêté et conduit dans un camp d’internement pour ennemis de la France près d’Aix-en-Provence. Leonora, livrée à elle-même, finit par céder la maison et fuit en Espagne où elle sera victime d’un viol collectif puis enfermée dans un asile psychiatrique où elle subira de violents traitements. Le temps de l’insouciance est à jamais révolu.
