La fiancée hésitante – Auguste Toulmouche

Sylvia Roustant <syroustant@gmail.com>08:44 (il y a 0 minute)
À moi

Si de nombreux peintres furent pauvres et méconnus de leur vivant, ne connaissant qu’une gloire posthume, le phénomène inverse se produisit pour Toulmouche. Alors que les commandes de la bonne société affluent et lui assurent une belle carrière, il tombe dans l’oubli après sa mort.

Il faut dire que celui qui épousa la cousine de Monet se tint loin des avant-gardes impressionnistes et se consacra aux portraits académiques de jeunes femmes aux robes somptueuses dans des intérieurs luxueux. Or, ces tableaux qui font la promotion de la mode du Second Empire ne nous touchent plus beaucoup. Et dans leur décor étouffant, les « délicieuses poupées de Toulmouche » comme les appelait Émile Zola s’ennuient ferme : elles lisent, rêvent, attendent on ne sait quoi dans des attitudes lasses et passives, proches de l’apathie.

Pourtant en 2023, les réseaux sociaux exhument Toulmouche et depoussiērent l’une de ses œuvres, « La fiancée hésitante ».

Au centre du tableau, dans sa robe de satin blanc au col et aux manchettes de fourrure immaculée, la future mariée, mine renfrognée, fixe et prend à parti le spectateur de son regard de colère à peine contenue.

Écrasée par un décor trop grand, pressée par ses sœurs ou ses amies qui l’encouragent d’un regard, d’ un baiser en lui tenant les mains, elle peine à se conformer au rôle qu’on attend d’elle. Elle a fourré son bouquet nuptial dans une poche et, regardez sous sa robe, elle croise négligemment ses pieds. Mademoiselle, un peu de tenue, enfin !

Dans cette société du paraître, les miroirs qui encadrent la scène ne reflètent rien mais ils enferment ces femmes-fantômes. Sois belle et tais-toi, n’est-ce pas ce qui définit tout portrait ?

Il faut être bien jeune et naïve, comme le personnage de droite, pour jouer en souriant à la mariée, se mirant avec la couronne nuptiale…

En 2023 donc, les réseaux sociaux font de cette jeune fiancée à la rébellion mutique face à un mariage arrangé, face à la nuit de noces qui l’attend, un symbole du fémininsme. Elle devient un mème à qui l’on prête des paroles indignées ou exaspérées. Car un tableau n’est jamais complètement achevé. Le regardeur, par ce qu’il projette dans l’œuvre, continue longtemps à participer à sa création.

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