Chasseurs dans la neige – Pierre Brueghel l’Ancien

Pour le banquier et collectionneur d’art Niclaes Jonghelinck, Brueghel l’Ancien a peint une série de 6 tableaux, des huiles sur panneaux de bois, représentant des paysages à des saisons différentes. Il s’inscrit en cela dans la continuité des livres d’heures qui comportaient un calendrier avec un paysage pour chaque mois et les activités humaines qui se déroulaient à cette période de l’année.

« Chasseurs dans la neige » représente les mois de décembre et janvier. Brueghel va inaugurer la peinture des paysages enneigés qui connaîtra un grand succès, d’autant que ces tableaux reflètent une réalité météorologique. Du XIVe au début du XIXe siècle, l’Europe connaît en effet un refroidissement climatique tel qu’on parle de petit âge glaciaire.

Pour autant, les paysages de Brueghel laissent une large place à l’imaginaire. Observez les montagnes à l’arrière-plan. Elles ne sont pas très représentatives des paysages flamands ! Brueghel l’Ancien a voyagé en Italie, en France, et, impressionné par les paysages alpins, il en intègre le souvenir dans ses oeuvres.

Le titre du tableau se focalise sur la scène au premier plan à gauche : des hommes rentrent de la chasse, courbés par la fatigue et leur difficile progression dans la neige. Les empreintes profondes laissent deviner la quantité de neige qui recouvre le sol. Leurs chiens sont épuisés aussi et semblent souffrir du froid et de l’humidité.

Nous sommes près des chasseurs et comme eux, nous surplombons la vallée. A gauche, des personnages allument un feu devant une auberge. Puis les arbres nus et recouverts de neige guident notre regard vers des étendues d’eau gelées où des gens patinent et s’amusent. Plus loin encore un village autour de son église, puis un château au pied des montagnes. Plus près de nous, à droite, un homme traverse un pont. En contrebas, un moulin est pris dans la glace. C’est tout un petit monde et ses personnages miniatures. Ce qui frappe, c’est que quels que soient l’éloignement et la taille des personnages, ces derniers sont représentés avec une remarquable précision.

Mais au-delà du réalisme, le tableau contient aussi une portée religieuse et morale. Le paysage, dans sa diversité, célèbre la création divine. Les patineurs, quant à eux, représentent l’humanité fragile, qui risque à tout moment de glisser vers le mal, de chuter. D’ailleurs, si vous vous approchez bien, sur le plan d’eau le plus éloigné, un personnage est tombé. De plus, à gauche des deux plans d’eau, on aperçoit un piège à oiseaux, comme sur un autre tableau de Brueghel : dans ce motif alors fréquent, les oiseaux symbolisent les hommes prêts à tomber dans les pièges du Diable. 

Sur la page blanche du paysage enneigé, Brueghel l’Ancien écrit l’histoire du monde et des hommes, multipliant les scènes et les personnages, comme autant de signes à déchiffrer.

Où voir l’oeuvre : Kunsthistorisches Museum, Vienne.

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