Le loup d’Agubbio – Luc Olivier Merson

La légende raconte qu’au XIIe siècle, le petit village italien d’Agubbio vécut dans la terreur d’un loup qui dévorait les bêtes et les hommes si bien que les habitants n’osaient plus sortir de chez eux. Saint François d’Assise, qui parlait aux animaux, conclut un pacte avec la bête : désormais, l’animal ne manquerait plus de nourriture car les villageois lui donnerait à manger et lui n’attaquerait plus jamais. En signe d’accord, le loup posa sa patte dans la main du saint. Il vécut ainsi deux ans en bonne intelligence avec les hommes puis mourut de vieillesse, laissant les villageois dans un profond désarroi.

C’est cette légende que le tableau de Merson met en scène. Dans un village enneigé, un loup, dont la fine auréole au-dessus de la tête rappelle son lien avec le saint, tend délicatement sa gueule vers un morceau de viande que lui offre un boucher. 

La confiance et l’amour semblent régner entre les hommes et l’animal : derrière le boucher, un bébé se penche vers le loup, tandis qu’une petite fille le caresse dans un sourire, sous le regard approbateur de sa mère. Même le chat, dans les jambes du boucher, voudrait partager son repas. Le loup est d’ailleurs mieux nourri que les autres animaux. Regardez le chien couché au premier plan à gauche : il se contente d’un os à ronger. 

A droite, derrière la fontaine gelée, un homme habillé de vert, monté sur un cheval blanc qu’il écarte d’un mouvement de rênes, regarde la scène avec circonspection. Il n’est sans doute pas du village, ignore tout du loup et, muni d’un long bâton, il pourrait le chasser s’il était plus courageux. Une religieuse l’arrête d’un geste de la main, le rassurant sur l’animal, tandis que deux enfants rient de son effroi. 

Avez-vous remarqué les pigeons nombreux, au sol et en l’air, autour de la fontaine ? Ils rappellent le lien privilégié des animaux et de Saint-François d’Assise, lui qui prêchait ainsi aux oiseaux :

« Mes frères les oiseaux, vous avez bien sujet de louer votre créateur et de l’aimer toujours ; Il vous a donné des plumes pour vous vêtir, des ailes pour voler et tout ce dont vous avez besoin pour vivre. 

De toutes les créatures de Dieu, c’est vous qui avez meilleure grâce ; il vous a dévolu pour champ l’espace et sa simplicité ; Vous n’avez ni à semer, ni à moissonner ; il vous donne le vivre et le couvert sans que vous ayez à vous en inquiéter. »

Où voir l’oeuvre : Palais des Beaux-Arts de Lille.

Laisser un commentaire