
Dans ce tableau, la science s’invite dans l’intimité d’une maison de la petite noblesse anglaise et l’expérience se fait spectacle devant un public familial aux réactions variées.
Dans la pénombre de la nuit, la lumière jaillit : c’est l’esprit des Lumières qui éclaire le monde et combat l’obscurantisme par la raison et le savoir.
Le scientifique occupe la place centrale du tableau, sa coiffure échevelée, son geste théâtral lui confère des allures de savant fou mais son regard est fatigué.
De la main gauche, il s’apprête à mettre en marche son expérience : l’air de la cloche en verre va se vider, entraînant la mort du cacatoès qui se trouve à l’intérieur. A gauche du tableau, un homme, montre en main, s’apprête à chronométrer l’expérience, tandis qu’un jeune homme à droite remonte la cage de l’oiseau, désormais inutile, mais qui rappelle le prix et le rôle d’agrément de l’animal qu’on sacrifie à la science.
Deux fillettes, s’accrochant l’une à l’autre, semblent terrifiées : l’une se cache les yeux pour ne pas assister à la mort de l’oiseau, l’autre lance vers la cloche un regard angoissé. Un homme qui est probablement leur père tente de les inciter au courage en pointant un doigt vers l’expérience qu’il souhaite partager avec elles.
A gauche du tableau, en revanche, un homme et une femme paraissent complètement indifférent à ce qu’il se passe dans la pièce. Chacun plonge son regard dans celui de l’autre. L’amour n’a que faire de l’expérience et de la raison ! Et la science n’explique pas l’amour !
Devant le couple, un garçon curieux se contorsionne pour mieux voir l’expérience.
La lumière qui éclaire en partie les visages et les carnations rappelle les clairs obscurs du Caravage ou de Georges de La Tour mais chez le peintre anglais la science semble avoir remplacé la religion. Pourtant le scientifique a des allures de prophète et le cacatoès, par sa blancheur, évoque la colombe qui symbolise traditionnellement l’esprit saint. Le scientifique s’apprête, tel un démiurge, à décider de la vie et de la mort.
A la lumière qui dramatise la scène, s’ajoute la pleine lune que l’on aperçoit par la fenêtre. Elle est sans doute aussi un clin d’œil aux membres de la Lunar society of Birmingham, un groupe d’industriels et de scientifiques dont Whright était proche et qui se réunissait les soirs de pleine lune pour s’adonner à des expériences.
La science, même si elle est louée par l’esprit des Lumières, prend ici une dimension inquiétante. Jusqu’où ira l’homme dans ses découvertes ? Au prix de quel sacrifice ? La science sera-t-elle toujours mise au service du bien ou ne servira-t-elle que l’hybris humaine ?
Où voir l’oeuvre : Tate Britain, Londres.
