
Quelle gageure étrange que de réaliser un portrait…de dos !
C’est pourtant ce que fait Guigou en choisissant de représenter sa lavandière, courbée sur son ouvrage, plongée dans sa lessive au point de sembler ignorer la présence du peintre et de ceux qui, comme nous, la regardent. Elle nous paraît bien mystérieuse…
Quelques objets laissent deviner son activité : le tian en bas à gauche, qui contient le linge, et le « carrosse », ce bac en bois, souvent recouvert de paille ou de tissus, qui apporte un relatif confort à la femme agenouillée. Dans l’arrière-plan droit, le linge étendu illustre l’étape qui suivra son travail.
Dans la peinture réaliste d’une femme du peuple à son dur labeur, Guigou s’inspire des toiles de Gustave Courbet qu’il a pu admirer à l’exposition universelle de Paris en 1855. Sans visage, elle représente toutes les lavandières.
Mais au-delà du portrait, et c’est peut-être aussi ce qui explique l’anonymat de notre lavandière, c’est sa chère Provence que met en scène le peintre originaire du Vaucluse. Formé aux Beaux-Arts de Marseille par Emile Loubon, proche des peintres de Barbizon, Guigou, pratique la peinture en plein air, « sur le motif ». Dans un paysage écrasé de soleil, la lavandière cherche l’ombre au bord de la Durance et se protège de son chapeau provençal à larges bords. Les couleurs, ocres et bleu gris, semblent imprégnées de la poussière des été arides du Sud.
Les formes courbes, qui jalonnent la toile et guident notre regard du premier plan au dernier plan, confèrent à l’ensemble douceur et sensualité : le tian, la courbe du bac, la jupe, le chapeau jusqu’à l’arche du pont dans l’arrière-plan droit.
A la fin de sa (courte) vie, Guigou quitta la Provence pour Paris.. Au café Guerbois, il rencontra Sisley et Monet. Et lui qui peinait à vivre de sa peinture, donna alors des cours de dessin aux enfants de la baronne de Rothschild.
