
Lovée au milieu de ses voiles qui l’entourent d’un cocon protecteur, elle dort comme un fruit mûr. Chaste sieste au soleil ou repos qui suit l’amour ? Ses joues et son oreille rosies, sa chevelure rousse et son corps que sa robe flamboyante révèle autant qu’elle ne le cache confèrent au tableau une grande sensualité.
Derrière elle, le soleil méditerranéen fait scintiller la mer mais un auvent qui occupe le bord supérieur du tableau la protège de ses rayons. Ses voiles aux couleurs chaudes contrastent avec la fraîcheur du marbre où elle se repose.
Le peintre anglais Frederic Leighton nous convie à un moment de grâce : chez ce partisan de l’art pour la beauté, la peinture n’est pas narrative, ne nous raconte rien.
Pourtant la présence inquiétante de la mort plane sur cette scène à l’atmosphère apaisante, à la beauté saisissante. Regardez les fleurs posées derrière la jeune femme, ce sont des fleurs de laurier-rose, une plante méditerranéene toxique. Observez également la position de la jeune femme : avec sa jambe pliée, son bras ramené vers la tête, elle rappelle la sculpture de Michel-Ange, l’allégorie de la Nuit qui orne le tombeau de Julien de Médicis à Florence. Le sommeil et la mort se côtoient souvent avec une étrange familiarité.
C’est le dernier chef-d’oeuvre de Leighton, peint en 1895, l’année même de la mort de l’artiste. Acheté et publié l’année suivante par le magazine « The Graphic » pour son numéro de Noël, le tableau de cette belle endormie séduit les familles anglaises qui se hâtent d’en décorer leur salon. Puis celle que l’on surnomme aujourd’hui parfois « la Joconde de l’hémisphère sud » a eu un mystérieux destin : elle a disparu de nombreuses années avant d’être rachetée à plusieurs reprises pour une bouchée de pain. En 1963, Luis A. Ferré la rachète pour son Museo de Arte de Ponce à Porto-Rico où la belle dort encore aujourd’hui…
