L’affiche du Chat Noir – Théophile Alexandre Steinlen

D’origine suisse, Steinlen arrive à Paris en 1881. Il s’installe à Montmartre et fréquente au cabaret du Chat Noir les artistes bohèmes qui s’y réunissent.

Fondé en 1881 par Rodolphe Salis, le cabaret évoque par son nom une nouvelle d’Edgar Allan Poe. L’animal mystérieux qu’est le chat a toujours fasciné les artistes. Baudelaire le célèbre ainsi dans plusieurs poèmes. La légende raconte que Salis a croisé un chat noir sur le trottoir du cabaret dont il supervisait les travaux. Il faut dire qu’alors  les chats errants sont nombreux à Montmartre. Salis aurait ainsi voulu rendre hommage à son premier visiteur.

Steinlen, peintre et sculpteur, rencontre Aristide Bruant et Toulouse-Lautrec au Chat-Noir et se lance dans la réalisation d’affiches publicitaires.

Celle-ci date de 1896. Du haut d’une estrade rouge sur laquelle est inscrit le nom du propriétaire des lieux, un chat noir domine le spectateur qu’il observe d’un regard jaune perçant, pupilles verticales. Avec ses moustaches et ses vibrisses longues et épaisses, son poil hirsute, ses pattes griffues, sa queue qui s’enroule comme le S de Salis, l’animal a quelque chose d’un peu inquiétant. D’ailleurs, les couleurs rouge et noire qui composent l’affiche ne sont-elles pas souvenir associées à la sorcellerie ?

Pourtant, plus qu’au diable, le chat semble ici comparé à une divinité avec l’auréole rouge qui encercle sa tête. Sur celle-ci, « Montjoye Montmartre » parodie le cri de guerre des armées des rois de France.  Montmartre se veut le point de ralliement des artistes, la bannière sous laquelle ils se réunissent. L’auréole fait du chat un animal sacré à l’image de la déesse égyptienne Bastet, protectrice du foyer, que Steinlen appréciait particulièrement. 

Les couleurs chaudes que sont le rouge et le jaune suggèrent le caractère chaleureux et accueillant du lieu. La typographie originale, qui joue sur les différentes tailles de lettres, évoque le caractère atypique du cabaret, premier débit de boisson à accueillir un piano. L’affiche annonce d’ailleurs une tournée, en province, des artistes du cabaret. Un cabaret qui se déplace, voilà qui n’est pas banal ! Et pourtant ce vagabondage n’est-il pas justement l’apanage du chat ? 

Steinlen a toujours beaucoup aimé les chats. Il en possédait 20 dans sa maison de Montmartre qu’il surnommait d’ailleurs « Cat’s Cottage ».  Il les a peints sur des tableaux, des affiches publicitaires pour du chocolat ou du lait, en a fait les modèles de ses sculptures… Cet amour des chats témoigne plus généralement chez l’artiste d’une profonde humanité , d’une volonté de rendre hommage aux plus vulnérables dans ses œuvres, des victimes de guerre aux mendiants en passant par les enfants et les ouvriers, et de les soutenir dans sa vie.

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