Le poisson d’or – Paul Klee

Le titre de ce tableau de 1925 est ambigu : Goldfisch, en allemand, c’est le poisson rouge et pourtant il contient en lui le terme « gold » qui signifie l’or. Paul Klee semble jouer de ces différents sens.

Au centre, un grand poisson irradie de lumière le reste du tableau. Seules ses extrémités, nageoires et queue, sont rouges. De chaque côté, 7 poissons rouges ou jaune pâle, illuminés de quelques touches de doré pour certains, semblent tenter de s’échapper du cadre, de fuir le poisson central. Craignent-ils sa taille imposante ? Sont-ils éblouis par la lumière qui émane de lui ?

Paul Klee était très croyant. Peut-être faut-il voir dans le motif du poisson qui apparaît dans plusieurs de ses tableaux le symbole de Jésus-Christ. Dès le premier siècle, le poisson était le signe qui permettait aux Chrétiens persécutés par les Romains de se reconnaître.

Mais Paul Klee accorde surtout une grande attention au travail sur la couleur. Ici, les couleurs chaudes (jaune, rouge) contrastent avec le bleu de la mer, bleu qui tire même sur le noir autour du poisson d’or. 

Les vagues, la végétation sous-marine, d’un bleu plus clair, sont stylisées. Les poissons sont dessinés avec une certaine naïveté. Il faut dire que le peintre allemand s’intéresse de près au dessin des enfants qui incarne pour lui une certaine pureté esthétique. Il le compare en cela au dessin des aliénés.

Mais ce sera lui qui sera traité de fou, considéré comme un schizophrène, lorsque les nazis organiseront à Munich en 1937 une exposition d’art dégénéré. C’est ainsi qu’ils nomment et stigmatisent l’art moderne. 17 tableaux de Paul Klee y seront présentés. Dès 1933, le peintre, qui était professeur au Bauhaus, doit fuir en Suisse.

Des années plus tard, , »Le poisson d’or » subit une terrible mutilation ! Le 16 mars 1977, ce tableau, alors conservé à la Kunsthalle de Hambourg,  est la première victime du vandale en série Hans-Joachim Bolhmann. Cet Allemand, qui souffre de troubles de la personnalité et de crises d’angoisse depuis l’enfance, a subi une lobotomie qui n’a pas amélioré sa santé mentale. Début mars 1977, son épouse se défenestre en faisant le ménage et Bolhmann commence alors sa longue série de crimes contre des œuvres d’art. Les aspergeant d’acide, il endommage une cinquantaine d’œuvres  dont un Rubens, un Rembrandt et un retable de Dürer !

Laisser un commentaire